Jeudi 12 janvier 2012 4 12 /01 /Jan /2012 12:17

Extrait de "Pédagogie et révolution"

Grégory Chambat - (Éditions Libertalia)

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Ce livre rassemble des chroniques initialement publiées dans la revue syndicale et pédagogique N’Autre École, pour la plupart dans la rubrique « (re)lecture pédagogique  ». Un titre qui s’est progressivement imposé pour définir une démarche de confrontation entre quelques grands textes de la littérature pédagogique et les pratiques de celles et ceux qui luttent aujourd’hui pour une révolution sociale et éducative.

«(Re)lecture » parce que le pari est de dépasser la simple évocation d’une œuvre ou d’un parcours, si exemplaires soient-ils, pour forger des outils de compréhension et d’émancipation utiles, ici et maintenant.

 

Ce qui compte alors, ce n’est donc pas tant l’effort de mémoire, pour rappeler aux éducateurs d’aujourd’hui ce passé qu’on a peu à peu oublié, que la réactualisation critique de ces réflexions et de ces pratiques.

Bien qu’initialement publiées de façon séparée, ces chroniques sont guidées par une même logique. .

 

À côté des «incontournables» (Ferrer, Freire, Illich, Freinet…), la présence de pédagogues moins illustres (Thierry) ou de figures que l’on n’associe pas spontanément à l’histoire de la pédagogie (Pelloutier) s’explique par la volonté de renouer les fils épars d’une pratique révolutionnaire de l’éducation. C’est que nous avons tenu à déborder – ou plus exactement «ressourcer» – une définition trop restrictive de la pédagogie, ou du moins l’aborder dans une dimension à nos yeux incontournable, sa dimension sociale et militante. C’est elle que nous avons d’abord essayé de définir dans le premier texte de ce recueil, « Vers une pédagogie socialement critique… »

Et qui dit social dit collectif. Dès lors, les éclairages individuels se devaient de croiser également des expériences historiques plus globales : celle des syndicats ouvriers du début du siècle dernier ou celle des révolutionnaires espagnols de 1936.

Un parti pris en phase avec le combat pour une autre école et une autre société, au moment où l’abondante littérature sur l’école – et les débats qu’elle prétend porter – se contente d’opposer une vision «réac-publicaine » de l’école, élitiste, politiquement réactionnaire et socialement inégalitaire à un «pédagogisme » aseptisé, plus ou moins avide de reconnaissance officielle et de légitimation institutionnelle, sans véritable boussole politique.

 

Que ce piteux débat soit truqué, voilà la rengaine que ses propres instigateurs se complaisent tous à entonner. Sauf que, lorsqu’il s’agit de pointer l’absence d’autres références – la Commune de Paris, la pédagogie des maîtres camarades de Hambourg, etc. – auraient eu toute leur place symétrique de référence au social, le silence de chacun des deux camps devient connivence. D’où le renvoi, dans les pages qui suivent, aux apports de l’histoire de l’éducation, de la sociologie ou de la philosophie. Mais, là encore, en adoptant les exigences concrètes des praticiens : dans le domaine de la pédagogie, comme dans celui de l’action militante, ceux qui savent de quoi ils parlent sont ceux qui font…

 

Puisque la répétition est l’art du pédagogue, qu’on nous permette une nouvelle fois d’insister sur la conviction que la pédagogie s’inscrit inévitablement dans un projet politique et social. N’en déplaise à ceux qui s’efforcent cyniquement de le camoufler ou à ceux qui ont déposé en cours de route ce fardeau devenu trop encombrant.

En ce qui nous concerne, c’est en reliant ces deux engagements – l’action pédagogique et l’action syndicale – que nous entendons avancer, au milieu de la foule de ceux qui ont rêvé un autre monde.

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Mercredi 7 décembre 2011 3 07 /12 /Déc /2011 13:00

Ce texte a été publié dans le Journal Libertaire.  Bulletin n° 12, en avril 1973.

Il situe l’œuvre de Ferrer, mais l’oppose à la pédagogie « marxiste ».  le terme est mal choisi.  A discuter.

 FD

 

Il est intéressant de confronter les idées de Francisco Ferrer avec celles d'autres pédagogues de la tendance dite "non autoritaire", notamment les divers représentants du marxisme.

 

La théorie et la pratique de l’éducation marxiste n'ont donné lieu. à aucune. conception véritablement homogène. Nous nous bornerons donc à mettre en parallèle les idées de Ferrer avec quelques théories de base d'inspiration marxiste que l'on retrouve constamment chez divers pédagogues, en particulier Clara Zetkin, Edwin Heernle et Otto Felix Kanitz •. Les similitudes d'opinion sont frappantes sur de nombreux : points - analyse des conceptions en vigueur dans l'enseignement traditionnel, nécessité d'ouvrir à tous les portes des établissements d’enseignement sans aucune distinction de classe, etc. Nous insisterons toutefois ici sur les divergences qui caractérisent leurs points de vue respectifs.

 

Il faut admettre que l'éducation ne joue pas un rôle de premier plan - chez les pédagogues marxistes. Conformément à la conception matérialiste de l'Histoire, c'est la base socio-économique qui détermine le climat intellectuel dont l'éducation est précisément l'un des aspects. La théorie et la pratique de l'éducation sont donc toujours en corrélation avec les conditions sociales et économiques présentes. Ce serait donc faire fausse route que de vouloir tenter de modifier l'ordre social par le biais de l'éducation; seule une révolution des structures de base peut aboutir à un véritable changement.

Il s'ensuit que dans la société bourgeoise, une éducation socialiste ne peut être judicieuse et valable que dans une faible mesure et pour autant que l'on puisse percevoir un processus d'évolution entre la base et le climat qui .en émane. L’éducation n'est, donc rien de plus qu’un aspect de la lutte politique. Dans la société bourgeoise, l’éducation socialiste ne peut être qu'une activité décousue.

 

Ces idées - exprimées d'ailleurs ici de manière très schématique - expliquent pourquoi les notions de pédagogie marxiste dont on dispose manquent de cohésion. 

 

ferrer attribue à l'éducation une place autrement plus importante dans la hiérarchie des valeurs. Pour lui, toute la puissance de la classe dominante réside précisément dans l'éducation.  Etant donné la complexité des processus de production, il est indispensable d’assurer au moins la formation professionnelle de la grande masse. 
«L' apparition d'un courant d'idées libertaires » n'étant jamais exclue , cette éducation des masses présente toujours un danger latent pour la classe dominante, aussi exerce-t-elle un contrôle rigoureux sur l’enseignement.

 

 

Et elle parvient à défendre ses privilèges et ses intérêts en endoctrinant les masses, en diffusant les préceptes de' la morale bourgeoise, en sélectionnant judicieusement les matières enseignées et en agissant, si besoin, par la force.

 

Ferrer considère donc que le fond du problème est de soustraire l'enseignement aux intérêts et à l'emprise de la classe dominante et de lui conférer une autonomie propre.  Et c'est dans ce but qu'il créa son ECOLE MODERNE avec le concours d'intellectuels et de collaborateurs progressistes. Ainsi libérée de l'emprise des pouvoirs publics et des institutions religieuses, l'éducation
peut dès lors jeter les premiers jalons susceptibles de conduire à une mutation de la société. Seule une "réforme systématique des moyens d'enseignement" accompagnée d'une éducation du peuple peut permettre à la communauté humaine "d'emprunter des chemins véritablement orientés vers l'avenir".

D'où l'importance que Ferrer  accorde à l'éducation lorsqu'il s'agit de susciter un esprit révolutionnaire : mais il reste parfaitement conscient du fait qu'une réforme de l'enseignement ne saurait entraîner automatiquement l'apparition d'une société nouvelle.            

 

Les concepti.ons de Ferrer et celles de la pédagogie marxiste diffèrent également quant aux objectifs à poursuivre. On peut illustrer le but que se proposent d'atteindre les théoriciens, marxistes par deux citations :

·      "Former des combattants lucides qui savent discerner où sont les ennemis de la classe ouvrière, former des soldats de la révolution, de la liberté, du progrès" (Clara Zetkin).

·      "Sauvegarder les enfants de notre classe, les élever pour cette classe, leur inculquer le sens de la solidarité prolétarienne, de la communauté communiste, leur insuffler 1'énergie du combat au service de la révolution , telle est la grande tâche des groupes de jeunesse communistes" (Edwin Hoernle).

 

L'éducation est donc toujours ici subordonnée à la lutte des classes. Elle est considérée comme un instrument de conquête du pouvoir politique'. Pour les théoriciens marxistes, les objectifs de l'éducation se situent toujours au niveau de la société et tout individualisme est étouffé.

 

 

L'optique de Ferrer est tout différente. Pour lui, l'enseignement poursuit des buts individuels. « L'Ecole Moderne s'adresse à des enfants et l'éducation a précisément pour mission de les préparer à devenir des hommes.  C’est pourquoi elle doit s'abstenir de cultiver en eux la volonté de puissance, l'envie, la haine et pas plus la servilité que la rébellion. En d’autres termes, elle ne doit pas viser à récolter les fruits avant même qu'ils n'aient été produits et cultivés ou tendre à inculquer un sentiment  de responsabilité tant que les conditions préalables à l'épanouissement d’un tel sentiment ne sont pas réunies et que la conscience n'est pas parvenue au degré de maturité requis. L'école apprend aux enfants à devenir des hommes. Et quand ceux-ci seront devenus des hommes, alors ils s'insurgeront d'eux-mêmes le moment venu. "

Cette citation résume toutes les idées de Ferrer en matière d'éducation.  L’enfant doit d’abord grandir, développer ses facultés, prendre conscience de ses  sentiments. L'éducation doit viser en
'premier lieu à épanouir pleinement et harmonieusement l'individu.

 

Et cette éducation-là n'en fera assurément pas un être asocial et dénué de lucidité quant  au contexte social dans lequel il est appelé à vivre.  Cette conception de l’individu est donc très éloignée de celle des pédagogues marxistes : l’homme n’est pas seulement le produit des conditions économiques de son milieu, il porte en lui l'empreinte de tous les facteurs matériels et culturels qui conditionnent la vie en société.

Comme d'autres anarchistes, Ferrer a abouti à ces conclusions d’une manière toute intuitive, mais il n’empêche que les recherches menées,  -- un point sur lequel il nous faudra revenir.

 

Aux yeux de Ferrer individualisme et solidarité sont, non pas incompatibles, mais indissociables. Seul l'individu libre, pleinement développé sur le plan affectif et intellectuel est capable d'éprouver un sentiment, de solidarité et, partant, de coopérer avec ses semblables. Et seul l’homme qui participe à l'édification de la communauté humaine est en mesure de parvenir au plein épanouissement de ses facultés. Ces idées expliquent pourquoi Ferrer se refuse à réduire l'éducation au rôle d’un simple instrument de la Lu t te des classes.

Aussi l'enseignement donné dans son école s'adressait-il à des enfants issus de toutes les couches sociales.  Une école qui ne s'adresserait qu’à de jeunes prolétaires et dont l’enseignement serait dicté par des considérations de lutte entre classes n’engendrerait finalement chez les enfants que des sentiments de haine.

Or la haine est mauvaise conseillère. C'est là un bien mauvais départ pou; une évolution de la société, car la haine peut être manipulée et orientée à tout moment dans n'importe quelle direction.

Ferrer reconnaît expressément à tous ceux qui sont exploités ou opprimés le droit de se rebeller, mais la rébellion doit naître d’un sentiment d'entraide et de solidarité authentique si son but est vraiment de créer une société libre dans laquelle l'exploitation n'aura plus cours, et si son objectif n'est pas de remplacer un système injuste par un, autre système tout aussi injuste.  D'autre part, Ferrer considère que son école doit être un modèle de justice sociale, d'où sa volonté
d’entraîner très tôt la jeunesse à faire preuve de solidarité et d’entraide.

 

 

 

 

D’autres divergences d'opinions se retrouvent dans le choix des méthodes et moyens didactiques retenus pour parvenir aux buts esquissés.  Les recommandations faites par les pédagogues marxistes ne sont pas d'un grand secours et témoignent d’une méconnaissance profonde de la nature humaine.  Pour amener les parents à faire de leurs enfants des militants dévoués à la cause du prolétariat, on conseille "de raconter aux enfants les luttes menées par la classe ouvrière, les répressions et les persécutions dont elle a été l'objet". On invite les parents à les faire participer aux grèves, aux débats politiques".

On leur recommande de "réciter aux enfants des poèmes exaltant la liberté, de leur apprendre des chants de travailleurs et de les familiarise, dans les grandes lignes, avec les objectifs du socialisme en se mettant à leur portée.  Les représentations théâtrales sont également recommandées et E Hoernle, notamment les considère propres à "caricaturer les travers de la vie politique et sociale."

La police, l'école et l'église peuvent ici être présentées sous forme de raccourcis suggestifs de même que les relations entre capitalistes et ouvriers salariés ouvriers et paysans, soldats et prolétaires.

"La visite des hauts lieux de la lutte révolutionnaire" ("les tombes de ceux qui sont tombés pour notre cause", "les sites des grandes manifestations", etc), tout cela devrait, selon Hoernle, préparer les enfants à devenir de futurs champions de la lutte des classes.  Ferrer ne tente pas de prescrire une série de recettes.  Pour atteindre le but qu'il s’est assigné, à savoir un individu libre, pleinement développé et par conséquent une société libre, il substitue aux anciennes méthodes d'enseignement dogmatique une "technique pédagogique scientifique et rationnelle".

Les moyens d'éducation traditionnels - récompenses, sanctions, examens, concurrence, réprimandes, etc - doivent disparaître.

 

Ferrer part de l'impulsion naturelle qui pousse l'enfant à ne pas rester inactif  et à se livrer spontanément à toutes sortes d'activités.

 

«Dans la mesure où ce travail, est structuré d'une manière organique, il suffît de maintenir l’élément moteur, la logique et la discipline propres au travail pour qu'il se manifeste spontanément et l'on en vient ainsi et par le plus  court chemin à une méthode enseignement complète, simple et naturelle.

 

L'éducateur ne peut accomplir correctement son rô1e d'animateur et d’enseignant que s'il connaît les aspirations et les besoins de l’enfant. Ferrer ne croit pas que l'enfant  ait déjà en lui des dispositions innées et qu’il suffise simplement de le laisser grandir.

 

L’enfant, par exemple, n'a pas d'idées ancrées en lui dès le naissance.
C'est à l'éducateur qu'il incombe de mettre sa formation scientifique au service de l'enfant en le confrontant avec des impressions suscitées de l’extérieur afin d'implanter en lui des germes susceptibles ensuite de s'épanouir sous forme d'idées. L'enfant doit, certes, être guidé et formé, mais il ne s'agit pas de Lui faire ingurgiter du savoir, L'éducateur doit se borner à le stimuler et laisser ainsi à l'enfant la faculté de se développer, mais il ne doit en aucun cas apparaître comme un personnage autoritaire et tout-puissant habilité à imposer ses vues et ses préceptes. L'éducateur apporte son concours  à l'enfant mais ce dernier reste libre d'interpréter les faits comme il l'entend. On voit ainsi se développer un homme libre qui luttera pour que « les humains puissent vivre dans l'amour, la joie et la beauté. 

 

Pour clore ce parallèle entre la pédagogie marxiste et l'Ecole Moderne de Ferrer, on peut citer un passage où Ferrer établit clairement la différence entra ses préoccupations et celles de 1’éducation politique : « Notre méthode d’enseignement, par ailleurs, n'a rien de commun avec la politique. Notre mission est de former des individus en pleine possession de leurs facultés, or la politique subordonne les facultés des uns à celles des autres.

 

En introduisant l’élément  divin et sa puissance, la religion a commis des abus monstrueux et contrecarré le développement de l'humanité. Les systèmes politiques, toutefois, n'ont pas fait mieux : en apprenant aux hommes à se soumettre à 1a volonté d'autres hommes - politiciens par tradition ou par élection - ils ont, eux aussi, retardé l'évolution de l'humanité. Tout éducateur qui se veut rationnel doit s'efforcer de faire comprendre aux  enfants que la  servitude et la tyrannie ne pourront disparaître aussi longtemps qu'un homme dépendra d'un autre homme. Il lui faut étudier les causes de l'incertitude dans laquelle le monde est plongé, situer et  connaître l'origine des éléments moteurs qui permettent au système social actuel de se perpétuer, ceci pour pouvoir attirer l’attention des élèves sur tous ces points ».

 

Un "parallèle entre l'Ecole Moderne ouverte par Ferrer à Barcelone en 1901 et l'expérience menée à partir de 1921 par A.S. Neil à Summerhill confirme le rôle de premier plan joué par Ferrer dans l'éducation non autoritaire. A.S. Neil a d'ailleurs beaucoup plus de points communs avec Ferrer que les pédagogues marxistes. Bien qu'il s'inspire, du moins en théorie, des enseignements de la psychanalyse, tout comme Ferrer, il est convaincu que l'homme est naturellement bon et coopératif. Et lui aussi pense que l'enfant ne peut s’épanouir que dans un climat de liberté.

Il rejette toute forme de contrainte et d'oppression dans l'enseignement. Toute l'importance de Neill dans l'éducation non-autoritaire réside précisément dans cette attitude conséquente.

 

Il serait donc injustifié de critiquer son refus de toute forme .d'oppression et de vouloir restreindre, dans certains domaines la liberté accordée à l'enfant.

 

Il y a aussi identité de vues avec ferrer quant au but que doit poursuivre l’enseignement : l’éducation doit être l’un des moyens de parvenir à une vie heureuse.  Mais là Neill s’est toutefois arrêté en chemin.

 

Ne souhaitant le bonheur des hommes qu'en tant qu'individus, il omet de considérer la dimension sociale et politique de l'enseignement.

Il oublie en effet qu’il ne saurait y avoir développement harmonieux et conforme aux exigences de la nature humaine que dans la mesure où l'on tient compte des deux facteurs. Cette indifférence de Neil vis-à-vis des problèmes relevant du contexte social se manifeste dans un certain nombre d'attitudes.
Neil, par exemple, utilise dans son école les manuels en usage dans les établissements d'enseignement public. Il n’essaie pas non plus de mettre au point un système didactique tenant compte des enseignements de la psychopédagogie moderne.

 

Neil n'attribue qu'une importance mineure à toutes ces questions, 1'élément déterminant étant pour lui que l'enfant  puisse se former dans un climat de liberté.  

La chose enseignée ou le mode d'enseignement n’est pas remis en cause.

            .           ..'

Ferrer, lui, attribue une grande importance aux manuels scolaires. Il se refuse à adopter purement et simplement les ouvrages scolaires de l'époque avec tout leur fatras d'assertions anti-scientifiques et moralisantes.  

Il y voyait un danger pour le développement intellectuel de l'enfant.

L’âme et l'esprit d’un enfant, il le reconnaissait, sont très perméables - un fait que la classe dominante n’a pas manqué d'exploiter à outrance pour rendre ses sujets plus accommodants.

 

Pour Ferrer  il était tout simplement  impossible d’assurer l'éducation des enfants dans un esprit libertaire en utilisant les méthodes et les manuels  d'enseignements bourgeois.

 

Un autre symptôme de l’attitude apolitique de Neill se révèle dans les activités ultérieures des  enfants qui lui sont confiés.  Les élèves de Summerhill épousent en effet les carrières les plus diverses universitaires, artisans, artistes…  et l'on compte même dans leurs rangs un pilote de bombardier, etc…aux yeux de Neill, la profession exercée est tout à fait secondaire : ce qui compte, c’est pour chacun la faculté de « pouvoir travailler avec joie et d’avoir une vie bien remplie ».

 

Reste, à savoir si "une éducation révolutionnaire a véritablement atteint son but lorsqu’un homme exerce avec satisfaction une profession dans laquelle sa contribution à amélioration de la communauté humaine ne peut-être que très modeste.  Ceci dans une société inchangée, étant donné qu’il n’y a pas lieu de s’étonner qu’une école comme celle de Summerhill – « un exemple révolutionnaire d’école libre » - puisse se maintenir quelques cinquante ans dans une société répressive jugée vite trop dangereuse par la classe dominante, l’Ecole Moderne de Ferrer en revanche, a été rapidement fermée.

 

On retrouve les mêmes défauts de lucidité sur le plan culturel et social dans l'attitude de Neill  vis-à-vis de la psychanalyse.  Il avait derrière lui "une longue carrière d’éducateur lorsqu'il a découvert et étudié Freud. "       

 

 

 

La personnalité de Neill a profondément marqué sa pédagogie tant dans ses principes que dans leur application pratique.

S’il a a adhéré presque sans réserve aux enseignements de la psychanalyse, ceci n’a pas eu des répercussions très favorables sur sa conception de l’enseignement.  Il n’était pas assez clairvoyant pour perceoir une vision d’ensemble du problème, en saisir les tenants et les aboutissants, et c’est ce qui explique son attitude.

 

S'il se réfère aux théories de Freud dans ses ouvrages  dans la pratique  celles-ci ont  finalement très peu influencé son enseignement.
Cette critique ne vise en aucun cas, à mettre en cause l'expérience de Neill et n’a rien à voir avec les calomnies que se plaisent certains milieux réactionnaires où l'on jette le hauts cris sitôt que l'on accorde aux hommes un tant soit peu de liberté.

 

Ferrer,  lui, met l'accent sur les phénomènes sociaux de1aissés par Neill.

Si Ferrer veut une éducation « neutre », il veut aussi rendre les enfants attentifs aux lacunes et aux injustices de la société, compte  tenu de la' faculté d’assimilation propre à chacun  

Contrairement aux pédagogues marxistes, il ne cherche pas à leur donner un enseignement inspiré par une tendance socio-philosophique particulière, mais rend ses élèves aptes à analyser, voire à corriger les phénomènes sociaux en développant chez eux le jugement, 1’altruisme et l’esprit de solidarité.     

Là réside toute la valeur de l’enseignement de Ferrer. Les travaux d’élèves qui ont paru à  l'’époque dans le « Bulletin de l’Ecole Moderne » témoignent du succès remporté par Ferrer et sont d’autant plus révélateurs lorsqu'on songe à la brièveté de cet enseignement

 

Tant dans la théorie que dans la pratique, les pédagogues marxistes ne sont pas parvenus  jusqu’à  ce jour, à élaborer un modèle d'éducation cohérent et compatible avec les critères de la psychologie moderne.  La conception autoritaire de l’enseignement dans les Etat socialistes en apporte la preuve évidente.

 

 

L’expérience de Summerhill due à A.S. Neill est, certes, un modèle d’éducation libertaire, mais elle n'en demeure pas moins insuffisante car elle ne s’accompagne pas d'une réflexion sur les phénomènes sociaux et les problèmes qui s'y rattachent.

 

La conception de Ferrer, en revanche, est la seule qui, dans son ensemble tienne compte des enseignements la psychologie moderne des profondeurs. Il faut saluer en Ferrer l'homme qui le premier et sans pouvoir ici puiser chez ses prédécesseurs - a saisi toute la portée des problèmes posés par l'éducation.

Il a reconnu l'importance de l’éducation dans la vie en société – d’une éducation libertaire étayée par   une conception scientifique du monde et une réflexion sur les problèmes sociaux. Et pour résoudre ces problèmes - qui se posent aujourd'hui comme hier - il a eu 1e courage d'emprunter des voies nouvelles pour tenter d’aller de l’avant.

 

 

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Dimanche 6 novembre 2011 7 06 /11 /Nov /2011 12:25

More, Campanella, Cabet, Owen Fourier et Morris sont autant de noms entrés dans l'histoire des idées politiques en raison de leur contribution au genre de l'utopie. Et c'est en explorant le rapport consubstantiel qui unit ville et utopie que Jean-Marc Stébé entend dans l’ouvrage "Qu'est-ce qu'une utopie ?" en proposer une définition.

Une utopie n'est ni un mythe ni un messianisme. En raison de son caractère critique, rationnel et en devenir, l'utopie ne peut être identifiée à un mythe bien qu'elle en émane. Elle se différencie du messianisme en raison, notamment, de sa position par rapport aux faibles, à la lutte des classes : quant le messianisme entend leur donner une perspective de révolte et de subversion, l'utopie s'adresse plutôt à un public « éclairé » promouvant la paix et l'harmonie.

J.M. Stébé définit ensuite l'utopie pour elle-même : « l'utopie tente par l'imaginaire et le rêve de dessiner les contours d'un monde harmonieux, histoire de réhabiliter un horizon de sens viable dépourvu de toute présence divine et d'exorciser cette conscience tellement humaine d'être là, sur terre, sans nécessité véritable. Œuvre d'individus écartés du pouvoir bien qu'occupant des fonctions importantes tant sur le plan social qu'économique, l'utopie s'articule à travers les siècles autour d'un certain nombre d'invariants» (pp. 22-23). Ces derniers réfèrent à la définition d'une cité idéale, état d'une réalisation définitive de l'humanité où l'Homme s'épanouit au travers de la maîtrise de la technique dans une communauté égalitaire harmonieuse, congédiant ainsi la réflexion sur le pouvoir et la politique. Il est question d'une organisation « hyper-fonctionnaliste » à destinée anhistorique, ne faisant que peu de cas de l'individualité, une « tentation totalitaire », que l'auteur attribue au tropisme humain de dénégation de l'absurdité.

Les utopies urbaines ont pour dénominateur commun de penser déterminer le comportement des citoyens à travers le bâti, l'architecture. Si peu d'utopies ont vu le jour, elles n'en demeurent pas pour autant dans le pur ciel des idées car urbanistes et architectes s'en inspirent pour bâtir la ville, après que le genre utopique se soit inspiré d'eux pour prospérer. C'est que ville et utopie entretiennent pour Jean-Marc Stébé un dialogue fécond. Il est par exemple question du choix de motifs géométriques (circulaire, orthogonaux, etc.) qui a lieu depuis l'antiquité : l'harmonie sociale recherchée serait un effet de ceux-ci en raison de l'intrication cosmologique entre les formes et les actes, les mots et les choses. L'autonomisation de la profession d'architecte, à partir de la Renaissance italienne, concourt à développer le style utopique. Les architectes ne sont plus de simples « bâtisseurs pragmatiques », mais se constituent en intellectuels capables de penser la ville abstraitement, de l'imaginer et de l'organiser selon des principes mathématiques. Dès lors, s'opère une « commutation » : des  rapports sociaux se trouvent convertis en rapports spatiaux au moyen de plans, de dessins, de cartes.

Les projets de cités utopiques sont des façons de traiter les problématiques qui animent le temps historique dans lequel elles s'inscrivent. Leur cadre idéologique de référence est celui du progrès humain issu de la philosophie des Lumières. De même, des utopistes comme Owen, Fourier, Cabet et Morris se montreront sensibles aux idéaux hygiénistes, s'attachant à atteindre la salubrité publique en réintroduisant la nature dans la ville, par exemple. L'industrialisation n'est pas rejetée pour autant : certains utopistes en font un moyen de parvenir à la prospérité et au bonheur ; d'autres se montrent fascinés par le machinisme et pensent une ville organisée par la technique.

L'auteur analyse la généalogie qui relie les utopistes et des architectes célèbres comme Le Corbusier et Frank Lloyd Wright. Le premier imagine dans les années 1920 une ville organisée autour des transports, séparant les fonctions (transport, habitat, travail), les catégories de travailleurs (manuels, intellectuels) et introduisant, dans un souci hygiéniste, de vastes espaces verts. Cette présentation des utopies urbaines se clôt sur les projets du XXIe siècle qui s'adossent aux problématiques environnementales de développement durable. Il en va ainsi pour certains architectes qui imaginent une ville future où le végétal aurait (re)pris le pas sur le minéral. Mais il n'est dit mot sur l'articulation imaginée entre bâti et rapports sociaux.

  • 1 Sur ce point, cf. l'analyse de Roland Barthes in Sade, Fourier, Loyola, Paris, Le Seuil, 1971.

La seconde partie de l'ouvrage est consacrée au commentaire de deux textes de Charles Fourier et de Jean-Jacques Wunenburger : l'utopiste inventeur du phalanstère et un philosophe. Le texte de Fourier permet d'entrer plus dans le détail de son utopie et de goûter son caractère quelque peu fantasque1. L'axiome de sa pensée repose sur le libre jeu des passions, leur libre expression dans le cadre d'une association à des pairs correspondant et une organisation spatiale ad hoc. Ce faisant, la question du gouvernement se dissout dans une multitude réalisant l'harmonie joyeuse. Le texte de J. J. Wunenburger s'attache à proposer une typologie des utopies en fonction du rapport qu'elles entretiennent avec le temps (horizon d'avènement) et l'artefactualité (présence plus ou moins forte de la nature, de la technique). L'argument principal consiste à dire que contrairement à son étymologie (u-topia : sans lieu, qui n'est nul part), les utopies ne s'affranchissent ni des lieux ni du temps, mais s'ancrent dans une réalité qu'elles entendent transformer.

On ne saurait reprocher à cet ouvrage d'être trop synthétique compte tenu de l'exercice imposé par le format de 120 pages. Toutefois, la réflexion moderne sur les contre-utopies est absente : si pour les utopistes classiques, l'uniformité et l'agencement mécaniquement administré de la population est une voie vers le bonheur collectif, la modernité tardive, toute entière traversée par l'individuation, y voit le pire des mondes possibles ; position qui est un topos de nombreuses fictions des 20 et 21e siècles. On notera avec intérêt que J. M. Stébé interprète l'apparition des utopies comme le fait d'individus qui, bien qu'appartenant à la bourgeoisie cultivée, n'en demeurent pas moins marginaux dans le champ politique et idéologique : écartés du pouvoir, les utopies qu'ils élaborent fonctionneraient comme autant de fictions compensatrices, de tentatives de subversion de l'ordre de leur champ.

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Samedi 22 octobre 2011 6 22 /10 /Oct /2011 15:12

Les anciens élèves de l'École Freinet de Vence, qu'a rencontrés l'écrivain Jacques Mondoloni, ont en commun d'avoir été pensionnaires de l'établissement et d'avoir un coin de paradis dans leur mémoire.  La plupart d'entre eux étaient des enfants à problèmes, ou bien issus de familles à problèmes, qui ont trouvé sur place l'affection qui leur manquait.
Jacques Mondoloni a recueilli plein d'anecdotes, d'histoires, de photos, qui reconstituent l'ambiance de
l'éeole, de la communauté.

 

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« Les Enfants de Freinet » nous permet également de traverser le siècle avec ses enjeux, de découvrir les idées, l'appétit d'innovations des années 30 et de celles d'après-guerre.
L'itinéraire idéologique et politique de Freinet est abordé, et les grands points de sa pédagogie sont soulignés.  L’auteur est manifestement préoccupé par les attaques que Freinet a dû subir de la part du PC, dans les années 50.  Freinet a rompu avec le PC, après guerre.

A lire, bien qu’anecdotique.

Jacques Mondoloni.(2009).  « Les Enfants de Freinet ».  Paris.  Editions Le Temps des Cerises.  Collection « la mauvaise graine ».

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Mercredi 19 octobre 2011 3 19 /10 /Oct /2011 14:30

LA NOUVELLE ECOLE CAPITALISTE de Christian Laval, Francis Vergne, Pierre Clément et Guy Dreux. La Découverte, "Sciences humaines", 274 p., 19,50 €.

Que l'école serve le capitalisme, ce n'est pas vraiment un scoop. Cette idée a été au centre, particulièrement dans la décennie 1965-1975, d'une série de recherches importantes. Cela avant que la critique des inégalités scolaires ne soit, au cours des années 1980-1990, mise au placard des vieilleries marxisantes par la pensée anti-68. L'ouvrage dirigé par Christian Laval doit relever deux défis : d'une part, montrer en quoi l'école capitaliste d'aujourd'hui se différencie de l'école capitaliste d'hier ; d'autre part, critiquer l'école qui se met actuellement en place sans idéaliser l'ancienne "école républicaine". En effet, aucun domaine n'est aussi fortement imprégné, aujourd'hui, de "républicanisme", que l'école. L'idéologie néorépublicaine, ce poison qui est en train d'envahir la pensée, de l'extrême gauche à l'extrême droite, avec ses relents de xénophobie, de moralisme et de nationalisme, ne se nourrit-elle pas, elle aussi, de la dénonciation, au moins verbale, du "capitalisme" ? Les auteurs se tirent plus ou moins bien de ces deux difficultés.

"Princesse de Clèves"

L'ouvrage offre un bilan bien informé et minutieux des mesures qui ont progressivement changé les contours de l'école. On peut donc le lire comme une sorte de vade-mecum, clair et documenté, du néolibéralisme contemporain.

On y apprend que le tournant néolibéral de l'éducation s'est opéré non par l'intermédiaire de décisions fracassantes, susceptibles de susciter des mobilisations d'envergure (ce qu'aurait été, par exemple, l'instauration d'une "sélection" à l'entrée dans l'université), mais par le truchement d'une multiplicité de mesures parcellaires, apparemment strictement techniques ou budgétaires. Cela conformément à la logique du "réformisme incrémental" qui inspire les nouvelles formes de gouvernance au temps de "l'Etat managérial" : ne pas "supprimer ce qui existe déjà" mais "rendre caduque" l'ancien état de choses, et imposer des "situations irréversibles" pour "neutraliser les résistances", comme le conseillent les économistes Philippe Aghion et Elie Cohen dans un rapport de 2004 cité par l'ouvrage.

Parmi ces mesures, il faut mettre au premier plan celles qui concernent les modes d'évaluation et de sélection, non seulement des élèves, mais aussi des enseignants, des établissements scolaires (assimilés à de quasi-entreprises dirigées par des "patrons"), des cursus, des chercheurs, des laboratoires, des universités, etc. Elles reposent sur un usage abusif de critères quantitatifs et sur la publication de palmarès qui sont censés stimuler la concurrence, conçue comme une sorte de lutte de tous contre tous.

Comme le soulignent les auteurs, la mise en place de ces mesures, associées à un "système de punitions et de récompenses" individuelles, va également de pair avec des techniques de contrôle tracassières qui réduisent considérablement l'autonomie dont disposaient les enseignants et les chercheurs dans la détermination de leurs méthodes de travail et dans l'interprétation des cadres réglementaires. L'application des procédures de management venues de l'entreprise n'a pas eu seulement des objectifs d'économies budgétaires. Elle a cherché aussi à casser les solidarités, les valeurs et les cultures de métiers qui conféraient aux professionnels de l'éducation, de la culture, de la santé ou du travail social un pouvoir de résistance face aux volontés administratives et politiques.

La question de la sélection est bien sûr centrale. Dans l'ancienne école capitaliste, elle reposait sur l'appréciation, implicite ou explicite, d'aptitudes et de manières d'être qui étaient transmises, pour une large part, par l'éducation familiale. Pour le dire vite, les dispositions et les savoirs que privilégiait l'école étaient ceux dont bénéficiaient les enfants de la bourgeoisie. On pouvait donc parler d'une "école de classe". Ces qualités intellectuelles et humaines jouaient un rôle central dans l'accès aux positions privilégiées. Mais leurs fonctions utilitaires étaient recouvertes par le dogme de l'amour gratuit du savoir. A l'inverse, pour la nouvelle école capitaliste, la "connaissance" n'est qu'un "capital" de "compétences", de "savoir-faire" et de "savoir-être" appréciés à l'aune des profits que l'on peut en attendre. A la culture des humanités, désormais considérée comme un luxe inutile (voire ridicule), elle tend à substituer une autre culture, transmise par les écoles d'ingénieurs et surtout de commerce. Dans ce contexte, La Princesse de Clèves, emblème, il n'y a pas si longtemps, de la "culture bourgeoise", s'est transmué en symbole de la lutte contre la marchandisation de l'enseignement. Bref, sauf à considérer que les sociologues critiques des années 1970 s'étaient fourvoyés (ce que ne font pas les auteurs), sans doute faut-il reconnaître qu'à une certaine école de classe s'est substituée une autre école de classe.

Les premières victimes

Or l'ouvrage n'échappe pas toujours au risque du "c'était mieux avant". Par exemple lorsqu'il oppose "l'Etat managérial" actuel à l'ancien "Etat social et éducateur". Cette difficulté est précisément celle à laquelle Marx, auquel il est souvent fait référence ici, a su échapper : il a évité de s'appuyer sur les valeurs de la société traditionnelle et patriarcale pour critiquer le capitaliste en train de s'établir.

Pour conclure, l'école joue toujours un rôle central dans le maintien des inégalités sociales, et cela plus brutalement encore au cours des cinq décennies qui viennent de s'écouler. Mais elle le fait différemment et au profit de groupes différents. Outre les enfants des classes populaires et, particulièrement, des familles "issues de l'immigration" qui en sont les premières victimes, les nouvelles formes de sélection peuvent aussi défavoriser ceux qui appartiennent à ce que l'on appelait la "bourgeoisie", ou la "petite bourgeoisie", ou les "classes moyennes" - comme vous voulez. Particulièrement, des classes moyennes qui avaient foi dans l'Etat, et dont les enseignants étaient, en quelque sorte, l'avant-garde.

En revanche, cette culture marchande donne, plus que jamais, un avantage souverain aux enfants de la classe dominante (scolarisés, dans leur grande majorité, dans des écoles privées). Comme si la frontière séparant les vrais privilégiés des autres s'était déplacée vers le haut. En ce sens, les changements qui affectent l'école sont peut-être, à la fois, les facteurs et les symptômes d'un changement profond de la structure des classes sociales. Mais, pour s'engager plus avant dans l'analyse de ce processus, il aurait fallu que les auteurs parviennent à se libérer, avec plus de détermination, du fantasme de l'Etat "éducateur", "social" et, finalement, "libérateur" et "juste". Peut-être est-il trop tôt pour le faire. Peut-être l'essentiel est-il aujourd'hui d'offrir à un large public (cultivé) des faits et des arguments susceptibles de nourrir son indignation, ce que les auteurs font avec maestria. Alors, avec eux, indignons-nous. Il y a vraiment de quoi.

 

Par Prise de parole - Publié dans : CONTRIBUTIONS
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est animé par François DESTRYKER

Psychopédagogue

Docteur en Sciences médicales

 

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Articulés autour d’une ligne qui favorise l’émergence de l’éveil au savoir, le travail psychopédagogique de Prise de Parole fait le lien entre des activités de resymbolisation qui visent à l’affirmation du processus identitaire de l’adolescent,  et les activités de réflexion s’ouvrant au questionnement et participant à l’opportunité offerte d’une élaboration d’un nouveau projet.  Cette démarche psychopédagogique diffère de la remédiation scolaire.

 

Notre démarche se distingue des actions de soutien spécialisé qui ont pour objectif d'améliorer la capacité de l'être à dépasser les difficultés qu'il éprouve dans ses apprentissages scolaires, à maîtriser ses méthodes et ses techniques de travail, à prendre conscience de ses progrès, en suscitant l'expérience de la réussite.  Notre démarche vise à favoriser l'ajustement progressif des conduites émotionnelles, corporelles et intellectuelles, l'efficience dans les différents apprentissages proposés par l'école et d'autre part de restaurer chez le jeune le désir d'apprendre et l'estime de soi.

 

Nous définissons notre intervention comme une pédagogie institutionnelle de prise de parole.  A savoir une pédagogie prenant en compte la souffrance psychique de l'adolescent et ses difficultés d'accès au désir de l'éveil.

 

Il est donc important de développer une démarche pédagogique appropriée qui reconnaisse  le jeune comme  une personne ayant ses représentations propres de la formation, de proposer une pédagogie variée qui suscite un éventail de démarches.  Ceci implique la reconnaissance des potentialités de l’être humain, un idéal d’égalité des chances par la reconnaissance du droit à la différence.

 

Cette approche favorise l’activité propre du jeune, son observation, sa réflexion, les activités personnelles, sans contrainte, suscite sa motivation, et débouche sur un « temps pour comprendre ». L'approche se construit autour d'une interrogation majeure concernant les relations et la production de sens. 

 

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L'arrêt scolaire 

 

Pour comprendre l'arrêt scolaire, Prise de Parole développe l'hypothèse d'une panne dans le questionnement.  Pour dépasser cette panne, Prise de Parole propose l'atelier d'écriture.  Celui-ci favorise l'émergence de questions, la recherche de réponses appropriées.  Une nouvelle mise en projet s'avère possible.  Cette intervention, par l'écriture, se réfère à la pédagogie institutionnelle.  A savoir une pédagogie prenant en compte la souffrance psychique de l'adolescent et ses difficultés d'accès au désir de l'éveil. 

Prise de Parole propose aux adolescents en difficulté et à l'arrêt scolaire, un travail d'interpellation par l'écriture.  Les séances sont animées par François DESTRYKER, psychopédagogue et Docteur en Sciences médicales.

 

 

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"Les Chansons des rues et des bois" de Victor Hugo, me donne une orientation pour cet écrit :

« A un certain moment de la vie, si occupé qu'on soit de l'avenir, la pente à regarder en arrière est irrésistible. Notre adolescence, cette morte charmante, nous apparaît, et veut qu'on pense à elle.  C'est d'ailleurs une sérieuse et mélancolique leçon que la mise en présence de deux âges dans le même homme, de l'âge qui commence et de l'âge qui s'achève ; l'un espère dans la vie, l'autre dans la mort.

Il n'est pas inutile de confronter le point de départ avec le point d'arrivée, le frais tumulte du matin avec l'apaisement du soir, et l'illusion avec la conclusion.

Le cœur de l'homme a un recto sur lequel est écrit "Jeunesse", et un verso sur lequel est écrit "Sagesse". C'est ce recto et ce verso qu'on trouvera dans ce livre.

La réalité est dans ce livre, modifiée par tout ce qui dans l'homme va au-delà du réel. Ce livre est écrit beaucoup avec le rêve, un peu avec le souvenir ».

 

On se lasse du roman, non de la poésie.

La rue Ferrer à La Louvière n'est plus si gaie. Chavée vient de partir.

Chavée, surréaliste, non conformiste, nous a transmis l'expérience de liberté d'un vieux Peau-Rouge qui ne marchera jamais dans une file indienne. Liberté et sincérité, voilà son maître mot.

Chavée était hétérodoxe ?

Surréaliste marginal, mais il vaut mieux le lire   « Je finirai par faire acte d'amour avec n'importe quoi avec des arbres, des cactus ou des oiseaux j'aurai perdu toute inquiétude et je serai livré à l'univers. Je suis déjà la cendre du cigare que vous fumerez demain ».

 

Les niveaux de Réalité s'entrecroisent sans jamais se recouvrir. Les niveaux d'organisation se répondent au cœur de chaque structure, mais les niveaux de Réalité sont toujours des émergences imprévisibles.

Impossibles à dénombrer, elles improvisent le champ du réel.

Pour les pressentir, il faut être soi-même un Émergeant.

Un être enroulé se déroulant, implié se dépliant, issu du fleuve énergétique et universel.

Un être limité parcouru de toutes parts par le sans-limite du Sans-Fond.

Accepter de s'asseoir, un moment, au seuil du silence intérieur et contempler ce qui advient en

toute simplicité. Vivre avec l'attention de chaque instant et dans le sourire premier de l'enfant qui rêve d'étoiles.

 

 

 

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